5G : le grand n’importe quoi

Entre refuser ces technologies et se reclure dans des territoires déconnectés ou foncer tête baissée en se fiant aux seules lois du marché, il existe une troisième voie.. Photo : SIM/PdG

Si la France veut rattraper son retard dans le déploiement de la 5G et, surtout, ne pas passer à côté de l’enjeu stratégique qu’elle représente, il nous faut nous poser rapidement les vraies questions.

Alors que les fréquences dédiées à la 5G viennent à peine d’être attribuées après mises aux enchères et que la France est désormais en capacité de rattraper une partie de son retard sur les autres pays européens – et ne parlons pas de l’Asie les campagnes de dénigrement, de fausses informations et de grand n’importe quoi continuent de déferler sur les réseaux sociaux et même dans les prises de positions de certains élus.

Mettons tout de suite de côté les délires du genre : «  la 5G est destinée à prendre le contrôle des gens en communiquant avec les nanoparticules contenues dans les vaccins sponsorisés par le méchant Bill Gates, vaccins qui seront inoculés à tout le monde à l’occasion de la pandémie de Covid 19 provoquée à cet effet  ».

Etonnant ! Oui, assurément, quand on voit l’ampleur et la viralité de la propagation dans les esprits de ces absurdités à large spectre. Plus sérieusement, on peut comprendre les doutes et les questionnements de certains qui découvrent aujourd’hui une technologie qui est en débat – dans des cercles restreints de spécialistes, il est vrai – depuis une bonne dizaine d’années.

Un déficit de pédagogie coupable

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour lancer la discussion sur la place publique, la remarque valant pour les « pro » comme pour les « anti ». La « pollution » par les ondes n’est pas une nouveauté et les électrosensibles ne sont pas tous des hypocondriaques. On peut discuter à l’infini de l’utilité de changer son portable qui, par ailleurs, a déjà une durée de vie limitée par l’obsolescence logicielle programmée.

Le vrai enjeu n’est pas de pouvoir mieux visionner des vidéos cochonnes dans l’ascenseur mais plutôt d’aller vers l’industrie 4.0, la Smart City et les véhicules autonomes. On peut évidemment refuser cette direction et se reclure dans des territoires déconnectés, on peut aussi foncer tête baissée en se fiant aux seules lois du marché, on peut enfin s’emparer de ces technologies en conservant un regard critique pour essayer d’en tirer le meilleur profit au bénéfice des habitants d’une planète malgré tout en danger.

La 5G et les métiers du Smart Building

Mais en quoi la 5G à grande vitesse peut-elle influencer les métiers du Smart Home & Building ? La 5G dépasse le seul domaine d’application de la téléphonie et de l’internet mobiles pour s’étendre à tous les usages possibles, ce qui est sûrement angoissant pour certains mais place assurément le défi de la sécurité et de l’interopérabilité à un très haut degré d’exigence.

Parmi les trois grandes catégories d’usages définies par l’Union Internationale des Télécommunications (émanation de l’ONU, rappelons-le) figure en premier lieu mTTC (massive Machine Type Communications) qui exprime le besoin de communication entre de nombreux objets avec des niveaux variés de qualité de service (QoS). En contradiction avec les deux autres catégories – eMMB pour enhanced Mobile Brodband très exigeante en QoS et uRLLC pour ultra-Reliable & Low Latency Communications pour besoins critiques donc à très faible latence – mTTC englobe ni plus ni moins tout l’univers  des objets connectés (IoT), à couverture étendue, faible consommation énergétique et débits restreints.

Cette disparité annoncée des besoins nécessite le découpage en tranches – network slicing – de la bande passante disponible pour que chaque classe d’utilisations dispose de sa propre enveloppe de performances. Cette particularité n’est qu’une des multiples briques composant la 5G ce qui sous-entend un basculement vers le recours massif aux logiciels et à la virtualisation de nombreux composants du réseau.

Se mobiliser pour les vrais enjeux

C’est un point essentiel qui fait encore naître des inquiétudes puisque le logiciel est le vecteur par essence du piratage et de la prise de contrôle, manoeuvres qui pourraient donc affecter, bien plus qu’aujourd’hui, tous les équipements connectés y compris les plus critiques. Si l’on part aussi du principe que l’intelligence logicielle des réseaux ne sera plus pour partie dans les stations de base mais concentrée dans le cloud des fournisseurs d’équipements, on peut mieux comprendre les craintes que suscitent des acteurs comme Huawei, premier détenteur de brevets en 5G avec 3325 familles déposées.

Le sujet est, on l’aura compris, très complexe et il vaut mieux mobiliser ses neurones sur les vrais enjeux plutôt que sur les stupidités qui ont cours. Mais nos tergiversations peuvent aussi aggraver notre retard et brider le réarmement industriel du pays. La période qui s’ouvre n’est pour l’instant qu’une évolution de la 4G (on parle de 4.9 G) et prélude à une entrée progressive et graduelle dans la vraie 5G, alors que dans les labos, on phosphore déjà sur la 6G pour l’horizon 2028/30.

On lira avec profit le document de vulgarisation sur les enjeux de la 5G publié par l’ARCEP en 2017 : https://archives.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/rapport-enjeux-5G_mars2017.pdf

Philippe Pélaprat et Patrice de Goy

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