Covid-19 : le secteur du courant faible dans l’attente de la reprise

Siège et installations de Bergeret diffusion, grossiste installé à Seichamps, près de Nancy, en Meurthe-et-Moselle, un département particulièrement touché par l'épidémie. Photo DR

Après avoir été impactés par les effets de la pandémie du Covid-19, l’ensemble des entreprises composant la chaîne de valeur du secteur du courant faible espèrent une reprise à la hauteur.

C’est notamment le cas d’Arnaud Brouquier, co-président de l’Anitec, l’association qui regroupe installateurs et intégrateurs en courant faible. Il déplore que « les entreprises, rattachées au secteur du BTP, aient été prises entre le marteau et l’enclume. » Il est vrai que, d’un côté, on les a poussés à se confiner et, de l’autre, à poursuivre leurs chantiers. Résultat, se retrouvant seules face à leurs responsabilités, beaucoup ont décidé de rester à l’arrêt et ont fait appel au chômage partiel. Seuls les dépannages d’urgence ont généralement été pris en charge. En revanche, la situation est beaucoup moins tranchée dans les très petites entreprises, les artisans et les travailleurs indépendants. Non seulement ils échappent aux conditions d’éligibilité au chômage partiel mais, en plus, ils sont mal pris en compte dans les mesures de sauvetage économiques prévues par le gouvernement. Du coup, beaucoup n’ont pas eu d’autre choix que de rester ouverts.

Les fabricants

Pour ce qui concerne les fabricants, à quelques rares exceptions près, ils sont restés ouverts malgré l’effondrement des commandes. Comme on peut l’imaginer, un grand nombre d’entre eux a eu recours au chômage partiel et au télétravail. Leur principale difficulté était de maintenir leur chaîne d’approvisionnement et de disposer de stocks suffisants pour les références les plus demandées. C’est notamment le cas pour la filiale française du fabricant vénitien Fracarro, une entreprise spécialisée dans les solutions AV et de sécurité. Son stock tampon lui a permis de livrer quasiment normalement ses clients (essentiellement des grossistes de la filière électrique, des grossistes spécialisés et des antennistes).

« Les petites structures ont une plus grande réactivité que les grandes ce qui nous fait espérer un redémarrage rapide à l’issue du confinement. »

Eddy Conraux, Fracarro France

Le bémol, c’est la logistique qui a fait quelquefois faux bond. Dans la typologie des clients de Fracarro, l’artisanat et le petit entreprenariat représentent une forte proportion, bien plus que celle des grosses entreprises du BTP. « Les petites structures ont une plus grande réactivité que les grandes ce qui nous fait espérer un redémarrage rapide à l’issue du confinement », assure Eddy Conraux, directeur clientèle chez Fracarro France.

Les grossistes

Chez les grossistes, on fait également le dos rond dans l’attente de jours meilleurs. Francofa Eurodis, par exemple, un distributeur national spécialisé dans le courant faible, a maintenu l’ensemble de son réseau ouvert malgré une activé fortement réduite. Ses 19 agences physiques réparties sur l’Hexagone ont assuré une continuité de service auprès des clients. Sans oublier le site de e-commerce. « Nous nous sommes adaptés », nous dit Arnaud Blachère, responsable de la communication du distributeur. « Le mode Drive a été de rigueur pendant les deux mois de confinement ». Dans chaque agence, une permanence a été assurée à tour de rôle, afin d’éviter la contamination de l’ensemble de l’équipe.   

De son côté, Sylvie Bergeret, gérante de Bergeret Diffusion, grossiste régional installé à Seichamps près de Nancy en Meurthe-et-Moselle, a vu son activité chuter de 85%. Sur la dizaine de salariés que compte l’entreprise, seule elle-même, épaulée si nécessaire par un collaborateur, a géré l’ensemble des tâches. Tout le reste du personnel a été mis en chômage partiel y compris les commerciaux.

« Pour éviter tout problème de livraison, nous expédions toutes nos commandes en express. »

Sylvie Bergeret, Bergeret Diffusion

La faible activité s’est concentrée sur des dépannages, les chantiers « le neuf » étant fermés. Ce sont principalement des interventions sollicitées par des syndics dans le cadre de contrats de maintenance d’installations collectives de réception TV hertziennes ou satellite. Durant le confinement, l’un des principaux soucis des grossistes était les livraisons. De nombreux aléas ont été signalés.  « Pour les éviter, nous expédions toutes nos commandes en express », explique Sylvie Bergeret.

Intégrateurs et installateurs

Du côté des intégrateurs et des installateurs, même son de cloche. L’intégrateur courant faible marseillais Delta Sertec, par exemple, est quasiment resté à l’arrêt. « Nous n’avons assuré qu’un service de maintenance pour des pannes mettant en jeu la sécurité de nos clients », nous assure Arnaud Brouquier, co-président de l’Anitec mais aussi président de Delta Sertec.  

De son côté, Instal’Anten situé à Pulnoy, en Meurthe-et-Moselle, spécialisé dans l’installation et le dépannage d’antennes de télévision depuis plus de 40 ans, a fonctionné lui aussi au ralenti. Patrick Romaire, gérant de l’entreprise, a tenté d’organiser les semaines sur deux jours avec une équipe réduite. Dans la région nancéienne, le confinement a été mis en place alors que le travail des antennistes battait son plein après les tempêtes de février. Les interventions pour le résidentiel individuel, c’est-à-dire chez les particuliers, ont de fait été mises en attente. Il ne s’agit pas d’annulation, mais de décalage dans le temps.

« Que trois à quatre appels de clients par semaine contre cinq par jour avant la mise en place du confinement. »

Jean Charles Gomichon, Top Services 03

Jean-Charles Gomichon, artisan antenniste installé à Chambérat, à proximité de Montluçon dans l’Allier, affirme pour sa part n’avoir reçu « que trois à quatre appels de clients par semaine contre cinq par jour avant la mise en place du confinement ». Il explique également que plusieurs interventions ont été annulées, les clients étant réticents à faire entrer un tiers chez eux. Malgré tout, armé d’un masque et de son gel désinfectant, il a continué à intervenir de temps à autre. A noter qu’il n’est pas éligible au chômage partiel.

Bien évidemment, les revendeurs et installateurs disposant d’un magasin ont dû le fermer afin de respecter l’arrêté du ministère de la Santé concernant la fermeture des commerces « non essentiels ». Si la fin du confinement était attendu avec une énorme impatience par les entreprises du secteur du courant faible, comme dans beaucoup d’autres, désormais toutes espèrent une reprise soutenue.