En avant vers la rénovolution thermico-énergétique !

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Le ministère de la Transition écologique crée le premier Coup de Pouce en faveur de la rénovation énergétique des logements portant sur une solution de régulation intelligente des radiateurs. Une première !

La rénovation thermique des bâtiments et la transition énergétique sont à l’ordre du jour et devraient faire l’objet d’annonces importantes de la part du gouvernement. Certes, pour les gens biens informés et de bonne foi, le mouvement est déjà bien engagé, souvent à l’instigation des mairies, des conseil généraux, des régions, à grand renfort de subventions, de certificats d’économie d’énergie (CEE) et d’abattements fiscaux. Mais la mobilisation n’est pas encore suffisamment massive, il faut vraiment passer à la vitesse supérieure, lever des troupes, faire le rappel des entreprises du bâtiment, des chauffagistes, des bureaux d’études thermiques, motiver les jeunes en formation qui veulent donner du sens à leur engagement professionnel en même temps qu’écologique.

Cet engagement massif doit aussi se faire dans la rigueur et la responsabilité. Autrement dit, il ne faut pas faire n’importe quoi. On se souvient d’une enquête ravageuse de la revue associative Que Choisir qui avait lancé, au travers d’adhérents volontaires, des dizaines de demandes de devis de rénovation thermique pour maison particulière. Les résultats avaient été assez consternants avec des préconisations approximatives – les locaux avaient été au préalable audités – et des coûts souvent exorbitants y compris de la part d’entreprises labellisées RGE (Reconnu Garant de l’Environnement). Le temps passant, on peut espérer que les choses se sont améliorées et que des garanties de bonne fin et surtout de performances thermiques sont maintenant proposées pour réduire les risques et supprimer les arnaques.

Chauffage et isolation : une première étape

Dans les maisons comme dans les immeubles, l’amélioration de la performance thermique passe d’abord par l’isolation des façades par l’extérieur, quand cela est possible, ou par l’intérieur, exercice beaucoup plus onéreux mais subventionné dans certaines régions pour préserver l’esthétique des bâtiments. Sans oublier les toits et les planchers bas au dessus des caves. Les métiers de l’isolation n’ont certes rien à voir avec ceux de l’écosystème connecté mais les deux sont interdépendants car l’amélioration de l’enveloppe a une incidence directe sur les performances du chauffage et, n’oublions surtout pas, le renouvellement de l’air intérieur, indispensable pour la santé des humains et des murs. La modernisation des systèmes de chauffage est le second poste à prendre en considération. De nombreux dispositifs incitatifs existent déjà pour remplacer les chaudières au fioul ou au gaz par des systèmes plus performants qui peuvent générer très rapidement de substantielles économies. Comme le note Coenove, l’association des acteurs de la filière gaz, « le coup de pouce Chauffage a déjà permis de remplacer plusieurs dizaines de milliers de générateurs ». Selon cette organisation, Il faut donc persévérer en visant un parc totalement THPE (très haute performance énergétique) à l’horizon 2028.

L’indispensable régulation intelligente

A ce stade, on comprend bien la nécessaire et intime relation qui s’établit entre le passif – l’isolation – et l’actif – le chauffage – et on devine que l’étape suivante et nécessaire est la régulation intelligente des radiateurs, y compris les calorifères électriques. L’annonce d’un arrêté gouvernemental en faveur de ce principe, appelé « Coup de pouce thermostat avec régulation performante », a donc été accueilli au champagne par les professionnels réunis dans l’IGNES (Industries du Génie Numérique Energétique et Sécuritaire) , la FDME (Industries du Génie Numérique Energétique et Sécuritaire), et la FFIE (Fédération française des intégrateurs électriciens) qui y voient une forte stimulation pour le « déploiement à grande échelle de solutions de pilotage dans l’habitat, complémentaires du chauffage ou de l’isolation ». Les trois organisations rappellent en particulier que les thermostats avec régulation performante permettent de réaliser, en maison individuelle comme en immeuble collectif, des économies supplémentaires de l’ordre de 10 % sur la consommation énergétique des ménages, soit 4 TWh à l’échelle du parc français et le rejet évité de1 million de tonnes de CO2.

  • Sur le principe, l’arrêté paru au Journal officiel du 24 juin 2020 crée une bonification des CEE générés par la fiche BAR-TH-118 « Système de régulation par programmation d’intermittence » jusqu’au 31/12/2021. La prise en charge est de 150€ sur le coût d’installation d’un thermostat, soit environ la moitié du coût total selon le ministère. Sont concernés les équipements de programmation par intermittence incluant :
  • pour un système de chauffage individuel avec boucle d’eau chaude, une régulation de température de classes VI, VII ou VII.
  • pour un système de chauffage individuel sans boucle d’eau chaude, une régulation automatique de la température par pièce ou, si cela est justifié, par zone de chauffage.
  • L’objectif est d’installer 20 000 à 40 000 dispositifs par mois.

Cette reconnaissance du rôle du pilotage doit quand même être précisée par le sens que l’on donne au mot « intelligent ». Le seul maintien de la température n’est à notre avis pas suffisant car il faut aussi prendre en compte la journée et la nuit, la présence ou non des résidents, donc la programmation, puis les apports du soleil (donc un pilotage des volets roulants ou des pare-soleil) ou de chaleur fatale (via une VMC double flux, un échangeur en sortie d’eaux usées chaudes, ou de cheminée de chaudière), sans oublier la problématique du renouvellement de l’air et l’analyse de sa qualité. Sans aller au delà – la détection de présence est également utile en sécurité et pour l’éclairage – il est assez simple pour un professionnel bien informé et formé d’expliquer à ses clients l’intérêt d’élargir le concept de pilotage au-delà du seul thermostat.

Reste à proposer une installation qui ne soit pas une « usine à gaz » et qui n’absorbe pas en une seule facture dix ans d’économie d’énergie. Il faut là aussi raison garder.

Patrice de GOY et Philippe PELAPRAT