Retour sur IBS 2023 – Du « Smart », oui… mais comment et pour quoi faire ?

Antoine Debienne. Photo : DR

Antoine Debienne est un expert en conception de systèmes destinés à l’intégration de l’ensemble des fonctions des bâtiments intelligents. Il est également fondateur et dirigeant de la société de conseils Synaptik. Il décrypte pour nous les tendances de l’édition 2023 du salon IBS.

Dans un contexte d’effervescence autour des décrets BACS et tertiaire et des enjeux liés au coût de l’énergie, les conférences et ateliers du salon IBS — Intelligent Building Systems — ont été le siège de discussions animées. Smart Phone, Smart TV, Smart Car, le mouvement « smart » est en marche et le Smart Building en est la preuve. Serge Le Men, l’un des experts du sujet « smart » chez ABB, affirmait lors d’une conférence autour des protocoles de communication, « on a vraiment besoin de Smartiser au maximum les bâtiments« , smartiser, rendre smart, oui… mais cela soulève deux questions : qu’est-ce que « smart » ? et surtout en a-t-on besoin ?

En tant que consultant, je pose souvent cette question : « Avez-vous besoin d’une voiture ? » et la réponse est majoritairement : Oui. Pourtant, personne n’a besoin d’une voiture ! Nous avons besoin de nous déplacer, la voiture n’est que le moyen de ce déplacement. Nous faisons encore trop souvent la confusion entre la finalité, les besoins et les moyens. Nous n’avons pas besoin de la data, du Digital, du Smart, de l’IA, ce sont des moyens, des outils qui doivent nous permettre d’apporter des réponses à des problématiques. De mon point de vue, dans un monde où les enjeux socio-économiques liés aux bâtiments sont colossaux et où l’impact écologique de nos choix technologiques tend à déterminer notre futur, il me semble vraiment important de considérer la technologie comme outil et non comme fin en soi.

Les grandes marques, comme ici ABB, optimisent leurs solutions de gestion et de contrôle des bâtiments. Photo : SIM

La data au cœur des enjeux

On a pu percevoir cette importance, notamment sur les enjeux socio-économiques, par exemple, en entendant que « l’immobilier commercial vit actuellement un bouleversement structurel majeur« . Eric Bouvier de La Française — gestion d’actifs financiers et immobiliers — à intéressement fait remarquer que leur modèle économique était en train de totalement basculer « d’une économie de transaction, où la valeur ajoutée découlait automatiquement de l’augmentation de la valeur du terrain et du bâtiment, on est en train de passer à une économie d’exploitation où la valeur ajoutée se fera sur la « vie quotidienne » du bâtiment et la majeure partie de cette valorisation s’articulera autour de la data« .

Cela a amené une masse de questions passionnantes autour de la gouvernance des données, qui a été au centre de plusieurs conférences. Citons par exemple Raphaël Contamin de la société de Services et conseil informatiques Equans Digital qui a soulevé l’interrogation suivante :  » à qui appartiennent les data ? Au propriétaire du bâtiment, à celui qui exploite les systèmes qui les produisent, aux usagers ? « , et Gabriel Chegaray d’élargir la réflexion en parlant des enjeux d’acteurs spécialisés comme Orange Business qui veulent se positionner sur ce marché.

Dans tous ces échanges, on sent bien que le sujet « data » est en train de devenir un sujet central, un sujet de société. Car au-delà des aspects économiques de la question, on touche là aussi à des notions de pouvoir et de souveraineté.

A l’image du stand Distech Controls, efficacité énergétique, connectivité et services comptent au nombre des fils rouges du salon. Photo : SIM

A fortiori, dans ce contexte, le mot cybersécurité vient sur beaucoup de lèvres, Lilian Caule, expert de l’ANITEC, plus que reconnu sur la thématique, nous interpelle avec l’exemple de la cyberattaque dont fut victime la chaîne de magasins Target où les hackers ont exploité une faille dans le système de GTC qui leur a permis d’accéder aux systèmes contenant les données bancaires des clients. « À partir du moment où l’on connecte des systèmes à l’internet, ces systèmes sont potentiellement attaquables et leurs vulnérabilités peuvent impacter tous les systèmes qui y sont connectés« , prévient-il. Il devient alors primordial de s’interroger : Comment sécuriser, protéger, fiabiliser ces (ses) données ?

Convergence et interopérabilité

Mais, avant tout, le sujet phare de cette édition aura été : Convergence et interopérabilité. Le bâtiment et ses composantes (matérielles et logicielles), au-delà de leurs fonctions primaires, en devenant Smart deviennent des supports de services. Pour mieux comprendre comment le building devient Smart Building, on peut faire l’analogie avec le téléphone devenu SmartPhone.

Le téléphone mobile est devenu SmartPhone, non pas tant par l’arrivée de l’iPhone, qui en 2008, bien qu’étant une innovation certaine dans l’expérience utilisateur, n’amenait, au début, en plus du téléphone, qu’une interface tactile et la possibilité d’écouter de la musique (et quelques applications), mais avant tout par le contexte de l’époque (notamment la place grandissante de l’open source et de Linux) qui a poussé Apple et Google à devenir des plateformes avec IOS et Android, des plateformes qui ont permis à l’usager d’accéder aisément à des applications créées par des développeurs dont le travail a été grandement facilité…

La suite de cet article est réservée à nos abonnés. Il est à lire dans SIM N°62 daté novembre/décembre 2023.

Profitez-en pour  vous abonner !

A propos Rédaction 2227 Articles
SMART INTEGRATIONS MAG, est le mag pro de l’univers numérique dans les domaines de l’Audio/Vidéo, de la Sûreté/Sécurité, du Smart Home & Building et des Réseaux, avec une approche éditoriale business et channel.