Salle de contrôle et supervision : des yeux aux aguets

Salle de contrôle équipée d'écrans Nec LED FA Series. Photo Nec

Les salles de contrôle ont en commun le mur d’images, dont l’usage et la technologie se perfectionnent sans cesse, accélérant la prise de décision.

Implantées depuis nombre d’années dans les entreprises et services publics du transport, de l’énergie et de la sécurité urbaine, les salles de contrôle et leurs murs d’images s’ouvrent à une nouvelle clientèle et à d’autres applications : gestion de crise, surveillance de réseaux sociaux au cœur de « social rooms » chez Orange, la SNCF, l’Oreal… Dans ce dernier cas, l’outil est susceptible d’intéresser le service marketing, à la recherche d’indicateurs traduisant l’intérêt du public pour la nouveauté de la marque. A l’avenir, les salles de contrôle pourraient également se développer dans le Smart Building et la Smart City. Leur adoption devrait être motivée par le Big Data et l’IoT, qui vont réclamer de larges tableaux de bord. Centraliser et organiser le maximum de données aide à prendre les meilleures décisions. Et les équipements se perfectionnent dans le même but.

L’affichage LED aux aguets

La technologie LCD a tenu un rôle majeur dans la multiplication des salles de contrôle abritant des murs d’images. « Grâce à elle, ces dispositifs d’affichage, autrefois réservés aux grands ministères et aux groupes du CAC40, se sont démocratisés, relate Bertrand Sacher, dirigeant de Convergencie et représentant de VuWall en France. La rétroprojection DLP ou tri-tube dominait autrefois et quelques murs LED étaient réservés à l’affichage de synoptiques. Mais un cube de rétroprojection de 50 pouces coûtait 15 000 € pièce. » En 2020, un écran LCD à vocation professionnelle avec la même surface d’affichage est quatre à cinq fois moins onéreux. Cette technologie a pris les devants, même si la rétroprojection voire la projection subsistent. Sa luminosité, son contraste et son traitement anti-reflets ont par ailleurs progressé. Il en va de même pour la précision de l’image, depuis l’avènement de l’ultra haute définition. Cependant, peu d’applications, si ce n’est peut-être l’affichage de vues satellitaires, justifient d’avoir recours à des images aussi détaillées.

Les réglages pour calibrer l’image sont également plus nombreux et peuvent même être compris par des professionnels qui ne possèdent pas de culture audiovisuelle. Pour Michel Perrin, « un intégrateur n’a plus d’excuses si un écran est mal paramétré. Tout est à sa disposition. » L’épaisseur du « bezel » – la bordure qui entoure la dalle – demeure une problématique que les fabricants essaient de résoudre. Un bezel de plusieurs millimètres, comme ce fut le cas au début des années 2010, signifie que les écrans sont séparés par des lignes noires voyantes, voire gênantes.  Sur certaines références haut de gamme, l’épaisseur de deux bords d’écrans juxtaposés peut être inférieure au millimètre désormais. Avec sa gamme Unisee, dont le bezel n’est même plus mesuré, Barco a réussi à atténuer cet effet de grille disgracieux. Michel Perrin, responsable du démonstrateur My Lab mis sur pied par le distributeur FVS, estime que le juste milieu se situe aujourd’hui à 1,8 mm : « C’est le meilleur compromis entre l’aspect esthétique et la solidité des écrans. »

« Le LCD a stimulé le marché du mur d’images. »

Bertrand Sacher, dirigeant de Convergencie

Selon ce critère, les écrans LCD ne peuvent toutefois rivaliser avec un assemblage de panneaux LED, qui fait disparaître l’effet de grille. Un argument fort en faveur de cette technologie d’affichage. « Une salle de crise ou de contrôle est une vitrine technologique, que des clients, des fournisseurs et même des personnalités politiques sont amenés à visiter, observe Bertrand Sacher. Les murs d’images LED permettent de se démarquer. » Le LED autorise en outre une certaine liberté dans la forme et la taille des murs d’images. Reste que l’écart de prix est encore significatif. « De l’ordre de 30 à 40% à taille égale, en optant pour des panneaux LED à pitch de 1,2 mm ou moins commente Bertrand Sacher. Qui plus est, les panneaux LED produisent une image moins douce qu’un écran LCD, ce dont il faut tenir compte pour des opérateurs qui doivent travailler longtemps devant ces écrans. On invite les donneurs d’ordre à appréhender cette différence. »

Malgré tout, l’avenir appartient assurément au LED. De plus en plus d’entreprises, élaborant le projet d’un mur d’images, étudient cette technologie avant de rédiger leur cahier des charges. « Elles recherchent la pérennité et la facilité de maintenance, explique Pascal Thibout, responsable commercial d’Axians Audiovisual Solutions Paris. Opter maintenant pour le LCD peut être risqué d’ici dix à quinze ans, alors que le LED sera toujours d’actualité. »

Contrôleur et réseau en route vers l’IP

Les salles de crise et de contrôle n’échappent pas aux évolutions s’appliquant au transport du signal audiovisuel, en premier lieu le basculement sur le réseau IP. Les nouveaux interlocuteurs auxquels s’adressent les fournisseurs et les intégrateurs ne voient pas la chose autrement. « Avant, on discutait avec le responsable d’exploitation du site, que ce soit une ligne de métro ou une centrale nucléaire, commente Bertrand Sacher. Aujourd’hui, systématiquement ou presque, nous parlons avec la direction des services informatiques. Les attentes ont changé. Les boîtes noires et les technologies propriétaires sont délaissées au profit de systèmes fonctionnant autour de l’IP et de Windows. » Dans les projets neufs ou de rénovation, le câble réseau se déploie partout. « Les clients sont tranquilles pour les années à venir, ajoute Michel Perrin.

La transition vers IP est encore loin d’être accomplie cependant. « Certains clients, pour des raisons de cybersécurité, refusent que leurs données puissent transiter sur le réseau » nuance Pascal Thibout. Raison pour laquelle l’offre des contrôleurs – ou processeurs – de mur d’images s’est diversifiée pour répondre à des besoins eux aussi très variés. Les contrôleurs réservés à l’acquisition de sources « physiques » (HDMI, SDI, etc), grâce à des cartes dédiées, côtoient d’autres références qui décodent uniquement des flux IP. Les modèles hybrides sont capables de traiter les deux. Ces boîtiers s’apparentent à des PC, équipés de processeurs Intel et de cartes graphiques Matrox, nVidia ou AMD, avec une quantité d’entrées/sorties adaptée à la taille du ou des murs d’images et au nombre de sources de ces images.

Lancé en 2016 par Barco, Opspace est un système d’affichage multi-moniteurs complémentaire d’un mur d’images. L’opérateur est plus attentif aux informations pertinentes et gagne en efficacité. Photo Barco

Quels que soient leur positionnement de gamme et leurs fonctions, ils ont en commun une puissance de calcul croissante. « Il y a cinq ans, ces contrôleurs étaient limités à 3 ou 4 flux IP de définition 1080p, précise Michel Perrin. Désormais, ils peuvent en traiter 12 ou 16 en même temps. C’est nécessaire étant donné que le nombre de sources augmente. Dans les applications de sécurité, beaucoup d’images proviennent des drones par exemple. » Le contenu des smartphones, tablettes et notebooks se partage également de mieux en mieux. « On ne construit pas une seule salle sans installer le système Clickshare de Barco » note Gabriel Carré, dirigeant de l’intégrateur Polymedia Europe.

Puissance et accessibilité du logiciel

La technologie KVM (keyboard video mouse) répond quant à elle aux modalités opérationnelles en vigueur désormais. « Auparavant, le chef de salle centralisait la gestion de l’affichage sur le mur d’images, indique Bertrand Sacher. Maintenant, ce sont les opérateurs qui partagent leurs informations. » Par l’intermédiaire d’une interface KVM, ils ont la possibilité de piloter des PC distants, logés dans la baie technique. Là encore, cette technologie existe sous diverses formes aujourd’hui : extendeur séparé sur IP (gamme Extio de Matrox sur réseau optique), intégration au système d’encodage/décodage IP (contrôle direct d’une source encodée), à la matrice HDBaseT ou au contrôleur du mur d’images… Outre l’aspect technique et matériel, le logiciel a profité des améliorations la plus notable ces dernières, en particulier la convivialité de l’interface homme-machine utilisée par les opérateurs. « Ces interfaces pour la supervision et le contrôle ont longtemps été l’œuvre d’ingénieurs, admet Michel Perrin. Par analogie avec l’automobile, les moteurs étaient incroyables, mais le confort de l’habitacle était ignoré. Maintenant, les moteurs sont non seulement plus puissants mais les fournisseurs ont fait un effort considérable sur la facilité d’utilisation. »

Ce sont des logiciels plus agréables et plus complets, qui exploitent la puissance des contrôleurs actuels : tri, regroupement et redimensionnement des sources sur plusieurs écrans, création de modèles d’affichage à sélectionner selon les scénarios, choix de la priorité des flux (une salle de presse adjacente n’aura pas accès à certaines informations confidentielles), etc. La fonction de souris virtuelle, chez VuWall, sert par exemple à afficher le curseur de la souris sur le mur d’images. Voici qui n’a l’air de rien, mais qui peut avoir un intérêt pratique. De façon plus générale, « Un mur d’images devient une surface de projection, selon Pascal Thibout. L’opérateur affiche ce qu’il souhaite là où il le souhaite. » Ces interfaces peuvent se déployer sur une tablette tactile dédiée – ControlVu chez VuWall – laquelle communique de façon transparente avec le contrôleur du fabricant. « Sinon, l’intégrateur peut associer un automate tiers, Crestron par exemple, mais il n’obtiendra jamais la même flexibilité qu’à partir des équipements d’un même fabricant. » D’autre part, les interfaces web se répandent. « C’est une demande des clients, souligne Gabriel Carré, car elles se rapprochent de la logique de l’utilisateur. »…

La suite de cet article, qui fait partie d’un dossier consacré aux salles de contrôle et de supervision, est réservée à nos abonnés. Elle est à lire dans SMART INTEGRATIONS MAG N°41 (daté juillet/août 2020). Profitez en pour vous abonner.