Thermomètre en hausse pour la caméra thermique

Smart Intégrations Mag, Audio, Vidéo, Sécurité, Smart Building et Réseaux - prise de vue d'une caméra thermique dans un environnement industriel.
Prise de vue d'une caméra thermique en milieu industriel. Photo : Adobe Stock

La caméra thermique s’est démocratisée et ses applications se sont multipliées. Ce dispositif s’utilise même dans un cadre sanitaire aujourd’hui, mais il faut cerner ses limitations.

Le terme « caméra thermique » est parfois employé sans nuance, alors qu’il peut désigner des fonctions et des capacités éloignées les unes des autres. Dans cette même famille, Hikvision fabrique par exemple trois types de caméra : la caméra thermique, la caméra thermographique et la caméra pour la thermographie corporelle. C’est l’occasion pour Franck Carette, chef produits chez Hikvision Europe et vétéran de ce marché, de préciser d’importantes différences : « Une caméra thermique ne produit pas de valeur absolue de la température. Elle est utilisée pour protéger un périmètre car elle permet de voir dans l’obscurité. Dans un contexte sécuritaire, l’image est habituellement en noir et blanc, même si la couleur est envisageable. Une caméra thermographique, quant à elle, est calibrée de manière à transmettre des informations de température absolue. Chez Hikvision, toutes nos caméras thermiques sont également thermographiques et calibrées d’office. Enfin, pour la mesure de température corporelle, une calibration spécifique entre 30 et 45°C est appliquée. »

Si les premières applications thermographiques remontent aux années 60, la détection périmétrique, protégeant les installations militaires et industrielles sensibles, apparaît au tournant des années 2000. A l’époque, un tel équipement n’était pas donné à tout le monde. « Il fallait compter 20000 € au minimum pour une caméra, estime Franck Carette. Depuis, le prix a été divisé par 20. » Cette démocratisation s’explique par la multiplication des acteurs et un surcroît de concurrence avec Flir Systems, le spécialiste mondial et historique de l’imagerie thermique. Il en résulte une croissance à deux chiffres du marché. A tel point que ces caméras thermiques remplacent progressivement les barrières IR, selon Patrice Ferrant, responsable des ventes France/Maghreb/Afrique du Nord et l’Ouest chez Mobotix : « On a la possibilité de voir ce qui se passe, si la caméra opère aussi dans le spectre visible, et les fausses alertes se réduisent. »

Franck Carette, chef produits chez Hikvision Europe et vétéran de ce marché.

Les caméras à très longue portée, au-delà de 600 mètres, sont encore relativement chères, Axis évoquant un prix de 6000 €. Mais un effet de gamme s’est créé, couvrant d’autres besoins et intéressant d’autres filières professionnelles. Par exemple, la prévention contre les incendies s’accommode mieux d’une portée de quelques dizaines de mètres. Les déchèteries, notamment, sont demandeuses de ces solutions techniques capables de repérer les températures anormales. La détection des points chauds et des départs de feu de forêt grâce à la thermographie va également crescendo. Les usages liés à la maintenance et au contrôle-qualité dans l’industrie évoluerait plus modérément, ce marché étant plus mature.

Un filtre loin d’être autosuffisant

Sans surprise, les caméras thermographiques dédiées au contrôle de la température corporelle ont fait l’actualité quand la maladie Covid-19 s’est propagée sur la planète. Chez Mobotix, cette utilisation à caractère sanitaire avait été initiée en 2013. « Nous avions répondu à la demande d’un aéroport africain, au moment de l’épidémie du virus Ebola, explique Patrice Ferrant. Notre caméra M15, prévue pour les risques industriels, était également capable de mesurer la température d’un corps humain. Nous l’avons donc adaptée à ces circonstances. » Ce qui a donné la M16, avec un logiciel plus avancé et une image de qualité supérieure. Aujourd’hui, Mobotix travaille avec son partenaire Ergotron sur un chariot mobile et autonome pour la prise distante de température. « C’est une solution d’auto-contrôle non-intrusive qui peut être anonymisée et qui respecte le règlement général sur la protection des données (RGPD), poursuit Patrice Ferrant. Mais le sujet reste sensible, comme la reconnaissance faciale. En France, nous avons des demandes en cours en France, de la part des Ehpad et des hôpitaux. »

Quoi qu’il en soit, et les fabricants insistent sur ce point, un tel dispositif n’est pas autosuffisant et ne remplace pas du personnel soignant qualifié et équipé de thermomètres. Il requiert généralement un corps noir, qui sert de point de référence, et une installation minutieuse. Les mesures de température sont en outre plus fiables et plus précises si les personnes défilent une à une, d’où la nécessité d’une certaine organisation. Enfin, il est bon de rappeler que le SARS-CoV-2, à l’origine du Covid-19, peut contaminer une personne sans provoquer le moindre symptôme. Ni une caméra thermographique ni un thermomètre ne sont alors du moindre secours.

La suite de cet article est réservée à nos abonnés. Elle est à lire dans SMART INTEGRATIONS MAG N°40 (daté mai/juin 2020). Profitez en pour vous abonner.