La numérisation et l’optimisation énergétique des bâtiments tertiaires et résidentiels sont au cœur des politiques publiques et des attentes du marché. Mais où en est-on vraiment ?
Le Baromètre 2025 de l’Observatoire de l’Immobilier Connecté et Responsable (OICR), qui vient de sortir, dresse un bilan contrasté des avancées dans l’intégration des systèmes connectés pour une meilleure gestion énergétique. Ce rapport met en lumière un retard significatif dans la mise en conformité du secteur aux objectifs fixés par les réglementations en vigueur.
Une adoption freinée dans le résidentiel
Le secteur résidentiel est un levier essentiel pour la transition énergétique, avec un objectif affiché d’équiper 100 % des logements d’un système de pilotage de la température d’ici 2027. Pourtant, en 2024, seuls 50 % des logements sont équipés de tels dispositifs, soit un retard significatif. La fin du coup de pouce CEE Thermostat et la baisse des financements accordés à MaPrimeRénov’ expliquent en partie ce ralentissement. Au-delà du financement, l’étude met en avant une absence de structuration du marché, où l’interopérabilité entre systèmes connectés reste limitée. L’exploitation des données collectées demeure insuffisante – seules 10% des données produites sont exploitées –, alors qu’une meilleure analyse pourrait optimiser les consommations et générer des gains significatifs.
Tous les résultats du Baromètre de l’OICR Cliquez ici
Un secteur tertiaire loin des ambitions du décret BACS
Le décret BACS, qui impose aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² l’installation d’un système de gestion automatisé de l’énergie avant 2027, peine à se concrétiser. Fin 2024, seuls 15 % des bâtiments tertiaires étaient équipés, alors que les projections ne prévoient que 18 % en 2027. La dynamique d’installation de GTB (Gestion Technique du Bâtiment) est encore trop faible : seules 26 % des surfaces autorisées en 2023 prévoyaient l’installation d’une GTB, un chiffre bien en-deçà des objectifs fixés par le décret BACS. Qui plus est, 80 % des GTB installées cessent d’être exploitées après cinq ans, ce qui souligne un problème majeur de suivi et d’optimisation des systèmes déjà en place. Or, les bâtiments tertiaires dotés de systèmes connectés enregistrent jusqu’à 40 % de baisse de consommation électrique aux heures de pointe.
Une mobilisation urgente pour accélérer la transition
Face à ce constat, l’OICR appelle à une meilleure structuration du marché et à des actions volontaristes pour accélérer le déploiement des technologies de pilotage énergétique. Le plan 100 000 BACS est une première réponse pour intensifier l’équipement du tertiaire, mais il devra s’accompagner d’une politique de formation et d’un renforcement des compétences en interopérabilité, cybersécurité et intelligence artificielle appliquée au bâtiment. Sans une mobilisation rapide des acteurs du marché et des décideurs publics, les objectifs de réduction des émissions et d’amélioration de l’efficacité énergétique risquent de rester hors de portée. L’enjeu est double : répondre aux contraintes règlementaires et transformer durablement le bâtiment en un acteur actif de la transition énergétique.

Un secteur à restructurer d’urgence
François-Xavier Jeuland, fondateur de l’Observatoire de l’Immobilier Connecté et Responsable et vice-président de la SBA, alerte sur les défis à venir
Le baromètre 2025 montre que les objectifs d’équipement à 100 % en systèmes de pilotage fonctionnels dans le neuf et la rénovation seront impossibles à atteindre d’ici 2027, surtout dans une période de grande incertitude économique et de défiance vis-à-vis de certains acteurs plus intéressés par les financements que par la performance finale. Côté résidentiel, la fin du coup de pouce CEE thermostat et la réduction du budget alloué à MaPrimeRénov’ ne vont pas du tout dans le bon sens. Dans le tertiaire, en dehors des grands projets ou de donneurs d’ordre éclairés, les expertises et motivations semblent manquer. L’ensemble de la filière doit absolument se structurer autour de mesures volontaristes comme le plan 100 000 BACS et œuvrer pour la montée en compétence de l’ensemble des parties prenantes, notamment autour de l’interopérabilité, de la cybersécurité, des IoT et de l’IA au service du bâtiment.



