TNT : un marché qui se resserre mais résiste

Jean-Michel Stringaro, chef de marché Antenne chez Francofa Eurodis, lors d’une précédente étape d’Expo Tour. Photo : SIM/PdG

Moins présente dans les foyers, la TNT reste un maillon important du paysage audiovisuel français. Obligations réglementaires, enjeux de souveraineté et rareté des installateurs qualifiés entretiennent un marché réduit mais rentable, où le savoir-faire devient un atout.

Supplantée par l’IPTV comme principal mode de réception en France, la TNT garde, pour certains acteurs, un rôle de premier plan et un potentiel encore tangible. « La TNT recule, c’est un fait, mais elle est loin d’avoir disparu », observe Jean-Michel Stringaro, chef de marché Antenne chez Francofa Eurodis – distributeur spécialisé dans le courant faible et filiale de Rexel – qui dresse un bilan lucide, entre constat de déclin et motifs d’optimisme. En 2024, la TNT reste présente dans près de 38 % des foyers français, et environ 20 % l’utilisent encore comme unique mode de réception. La tendance est toutefois orientée à la baisse, avec un recul moyen de trois points par an. En 2017, plus d’un foyer sur deux recevait ses programmes via la TNT ; aujourd’hui, ils sont moins de quatre sur dix. Les usages traduisent ce basculement. Jean-Michel Stringaro raconte : « Autrefois, une panne d’antenne collective nécessitait une intervention immédiate ; aujourd’hui, certains immeubles restent coupés plusieurs semaines sans réaction, la majorité des occupants utilisant d’autres modes de réception. » Une situation inimaginable il y a encore quelques années.

L’équipement des foyers évolue aussi : 93 % possèdent un smartphone, contre 89 % un téléviseur, même si ce dernier reste très présent. Cette tendance ne se répartit cependant pas de manière homogène sur le territoire. L’IPTV domine en Île-de-France, dans le Grand Est et les Hauts-de-France, tandis que la TNT reste majoritaire en Normandie, Bretagne et Pays de la Loire. Dans certaines zones rurales, elle demeure la solution la plus fiable, faute de haut débit généralisé.

Un marché réduit…

Malgré l’érosion de sa part de marché, la TNT devrait rester en service au moins jusqu’en 2035. Les autorités envisagent même un maintien jusqu’en 2040 afin de préserver une solution universelle d’accès à la télévision. Sur le plan réglementaire, la norme en vigueur impose d’installer une antenne collective dans tout nouvel immeuble. Par ailleurs, le droit à l’antenne garantit à chaque occupant la possibilité de recevoir les chaînes de télévision d’où qu’elles viennent. Dans les faits, la plupart des promoteurs et bailleurs – notamment dans le logement social – prévoient donc un réseau collectif programmable capable de distribuer l’ensemble des chaînes disponibles (la TNT + les chaînes étrangères). Cette présence se justifie par plusieurs raisons. Sur le plan économique, la TNT assure un accès gratuit à une quarantaine de chaînes nationales et locales (+ chaînes étrangères en zones frontalières), sans abonnement ni dépendance aux opérateurs télécoms. D’un point de vue technique, elle constitue un mode de diffusion autonome et résilient en cas de panne, de saturation des réseaux ou d’événement majeur. Enfin, elle joue un rôle politique et culturel : en garantissant une numérotation stable et l’indépendance des flux télévisuels face aux plateformes internationales, elle contribue ainsi à préserver la souveraineté audiovisuelle française.

Jean-Charles Gomichon, antenniste basé dans l’Allier, incarne la continuité d’un métier lié à la diffusion hertzienne.

… avec des opportunités

À l’étranger, l’exemple des États-Unis montre qu’un retournement est possible : après un abandon massif du râteau, un regain d’intérêt pour la télévision hertzienne est observable. Selon Nielsen, environ 14,5 % des foyers américains recourent à une antenne OTA pour capter gratuitement les programmes, souvent en complément du streaming ou du câble.En France, le marché de l’antenne est aujourd’hui estimé à 30 M€, contre plus de 100 M€ il y a dix ans (année N-1 et N+1 autour de la nuit bleue d’avril 2016). La raréfaction des installateurs qualifiés ouvre paradoxalement de nouvelles opportunités : moins nombreux mais plus visibles, les professionnels encore actifs conservent un socle de clientèle solide. Francofa Eurodis en apporte la preuve : en sept ans, son activité antenne est passée de 2,6 M€ à 4,3 M€, malgré un contexte globalement défavorable.

Pour Jean-Michel Stringaro, le constat est clair : la TNT est là pour durer et restera un atout pour ceux qui sauront préserver ce savoir-faire. « Si j’étais jeune et que je voulais gagner ma vie, je me formerais à l’antenne. Ce métier va devenir une compétence rare », conclut-il.


À noter : le 18 septembre 2025, l’Expo-Tour du Courant Faible – Étape Normandie organisé par Francofa Eurodis accueillera une table ronde intitulée « Quel avenir pour la TNT ? ». Jean-Michel Stringaro, chef de marché Antenne et Patrice de Goy, directeur de la rédaction de Smart Intégrations Mag, y croiseront leurs analyses.