Décret BACS : l’intégrateur appelé à devenir le chef d’orchestre du bâtiment piloté

De gauche à droite : Manuel Romera (MTD Technologies), Olivier Leblanc (AD-STOA) et Aurélien Hillairet-Alzon (AdEL SBS, KNX France) lors de la première table ronde de l'étape aixoise des Matinées de l’intégration, dédiée aux enjeux de la GTB et du décret BACS.

Réunis lors des Matinées de l’intégration d’Aix-en-Provence — organisées par Smart Intégrations Mag — bureaux d’études, intégrateurs et industriels ont dressé un constat partagé : au-delà de l’obligation réglementaire, le décret BACS accélère une profonde transformation des métiers du bâtiment connecté.

Le 30 avril dernier, Solarlux accueillait à Aix-en-Provence la huitième édition des Matinées de l’intégration, organisée autour des évolutions technologiques qui redessinent les espaces tertiaires et les bâtiments connectés. Au programme : GTB, décret BACS et intelligence artificielle, trois leviers désormais incontournables pour améliorer l’efficacité énergétique, le pilotage des équipements techniques et le confort des occupants.

Animée par Daniel Guillen, fondateur d’IDtique, la première table ronde, intitulée « GTB et décret BACS : vers une nouvelle génération de bâtiments pilotés », réunissait Olivier Leblanc, président d’AD-STOA Ingénierie, Aurélien Hillairet-Alzon, président d’AdEL SBS et représentant du collège intégrateurs de KNX France, ainsi que Manuel Romera, directeur des ventes France de MDT Technologies.

À Aix-en-Provence, la première table ronde a rassemblé un public attentif venu partager ses retours d’expérience et confronter ses points de vue.

Une réglementation qui accélère la généralisation de la GTB

Transposition française d’une directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, le décret BACS impose progressivement le déploiement de systèmes d’automatisation et de contrôle dans les bâtiments tertiaires. Depuis le 1er janvier 2025, les bâtiments équipés d’installations de chauffage ou de climatisation d’une puissance supérieure à 290 kW doivent disposer d’une GTB. Cette obligation sera étendue en 2030 aux bâtiments dont la puissance nominale dépasse 70 kW. Pour Olivier Leblanc, cette réglementation ne doit pas être perçue comme une contrainte isolée, mais comme un complément naturel du décret tertiaire. « Le décret BACS constitue une obligation de moyens qui permet d’atteindre les objectifs fixés par le décret tertiaire », rappelle-t-il.

Si les maîtres d’ouvrage restent sensibles aux questions budgétaires, la plupart ont désormais intégré que la GTB représente un levier essentiel pour réduire les consommations énergétiques et optimiser l’exploitation des bâtiments.

Fondateur d’IDtique, Daniel Guillen, fin connaisseur des problématiques de GTB, de performance énergétique et de mise en conformité avec le décret BACS, a coorganisé l’étape aixoise des Matinées de l’intégration et animé les débats.

L’intégrateur encore trop souvent sollicité trop tard

Pour Aurélien Hillairet-Alzon, le principal frein ne réside plus dans la technologie, mais dans l’organisation des projets. « L’intégrateur est encore appelé trop tard », déplore-t-il. Une situation qui conduit régulièrement à des cahiers des charges inadaptés, à des équipements peu interopérables et à des arbitrages budgétaires défavorables.

Résultat : des systèmes complexes à exploiter, des maintenances plus difficiles et, dans certains cas, des GTB partiellement abandonnées au profit d’un pilotage manuel. Pour éviter ces écueils, l’intégrateur plaide pour une implication plus précoce des spécialistes de l’automatisation, dès la phase de conception. « Il faut réunir architectes, bureaux d’études et intégrateurs dès l’origine du projet afin de définir une architecture cohérente et pérenne », insiste-t-il.

Passer du produit à la solution

L’autre enseignement majeur des échanges concerne l’évolution des approches techniques. La logique de juxtaposition de produits laisse progressivement place à une vision orientée solution, fondée sur l’interopérabilité des équipements. Dans ce contexte, les protocoles ouverts, à commencer par KNX, jouent un rôle central. « KNX peut devenir la colonne vertébrale du bâtiment intelligent », estime Aurélien Hillairet-Alzon, soulignant sa capacité à fédérer différents protocoles tels que BACnet, Modbus, M-Bus ou encore LoRa.

Même constat chez MDT Technologies. Pour Manuel Romera, l’enjeu n’est plus d’opposer les protocoles, mais de garantir leur coexistence au sein d’une architecture cohérente. « L’intégrateur joue un rôle clé pour connecter des systèmes hétérogènes et garantir leur performance dans le temps », souligne-t-il.

Exploitation, maintenance : les clés de la performance

Au-delà de la mise en service, les intervenants ont insisté sur l’importance de l’exploitation des installations. Car une GTB mal maintenue ou insuffisamment appropriée par les équipes techniques perd rapidement de son efficacité. Formation des exploitants, supervision continue, contrats de maintenance adaptés : autant d’éléments indispensables pour garantir la performance énergétique sur le long terme.« Si le système est trop complexe, les équipes techniques finissent par le contourner et reviennent à un fonctionnement manuel », prévient Aurélien Hillairet-Alzon. Une réalité qui rappelle que la réussite d’un projet de GTB repose autant sur l’accompagnement humain que sur la technologie.

Enfin, les échanges ont mis en lumière un enjeu plus structurel : la reconnaissance du métier d’intégrateur dans la chaîne de valeur du bâtiment. Encore insuffisamment identifié dans les appels d’offres et les contrats d’assurance, ce rôle apparaît pourtant essentiel pour garantir l’interopérabilité, la pérennité et la performance des bâtiments connectés.

À l’heure où le décret BACS accélère la convergence entre CVC, électricité, IT et automatisation, l’intégrateur pourrait bien devenir l’un des acteurs clés du bâtiment tertiaire de demain.

Retrouvez l’intégralité des échanges en vidéo sur la chaîne YouTube de Smart Intégrations Mag.

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