TNT : la modernisation en replay permanent

Entre infrastructure hertzienne et nouvelles générations d’écrans, la TNT doit encore franchir l’étape de la modernisation. Photo Adobe Stock

Repoussée, enterrée, ressuscitée, puis à nouveau bloquée… la modernisation de la TNT est devenue un véritable serpent de mer politique. À chaque tentative de réforme, un évènement majeur – crise sanitaire, dissolution, instabilité parlementaire – vient tout remettre à zéro. Pendant ce temps, la technologie avance et les téléspectateurs attendent.

La modernisation de la télévision numérique terrestre (TNT) ressemble à un chantier interminable. Sur le papier, tout est prêt : un marché qui, bien qu’en recul, reste essentiel pour près de quatre foyers sur dix, des enjeux de souveraineté et de résilience, et des innovations techniques déjà disponibles. Mais à chaque fois que le législateur tente de donner un nouvel élan à ce mode de diffusion, un événement majeur vient contrarier le calendrier. Au point que certains observateurs parlent d’un dossier « maudit ».

Un socle technique déjà en place

Depuis plusieurs années, la TNT s’adapte discrètement aux évolutions technologiques. Le standard DVB-T2 et le codec HEVC posent les bases d’une diffusion plus efficace, capable d’accueillir l’Ultra Haute Définition (UHD/4K) et le HDR, qui améliore netteté et contraste des images. Le lancement du multiplex R9 en 2023 a permis les premières diffusions régulières en UHD, avec France 2 installée durablement dans ce format et France 3 qui y est passée temporairement à l’occasion des Jeux olympiques de Paris, avant de revenir ensuite en HD.

En parallèle, la télévision hybride via HbbTV combine diffusion hertzienne et services interactifs connectés : accès au replay, guides enrichis, vidéos à la demande gratuites (AVoD). Déjà expérimentée par France Télévisions et Arte, elle a connu une nouvelle avancée début 2025 avec le lancement de la plateforme M6+ sur les téléviseurs compatibles HbbTV 2.0.

S’y ajoutent désormais les travaux autour du DVB-I, standard pensé pour proposer une télévision hybride nativement compatible avec l’IP. Contrairement au HbbTV, qui enrichit les chaînes diffusées par voie hertzienne, le DVB-I vise à offrir une liste unifiée de services linéaires et interactifs, qu’ils soient diffusés par voie terrestre, satellite, câble ou Internet. Cette approche permettrait à l’utilisateur d’accéder de manière transparente aux chaînes, sans distinction de technologie sous-jacente, et de garantir une continuité de service dans les zones mal couvertes par la TNT. Plusieurs expérimentations sont déjà menées en Europe, notamment en Allemagne et en Italie, et intéressent de près le marché français, explique Jacques Donat-Bouillud, directeur de la stratégie des réseaux chez France Télévisions et président du FAVN.

L’avenir technique de la TNT est donc bien engagé, entre diffusion traditionnelle et nouveaux usages connectés.

Des réformes toujours avortées

Côté législatif, le tableau est moins reluisant. La première tentative ambitieuse remonte à 2019, avec le projet de loi « communication audiovisuelle et souveraineté culturelle à l’ère numérique », défendu par le ministre de la Culture Franck Riester. Elle devait repenser la régulation et préparer la TNT à ses évolutions. L’épidémie de Covid-19 mit brutalement fin à son examen.

En 2021, la sénatrice Catherine Morin-Desailly porte une proposition de loi spécifiquement consacrée à la TNT et à son adaptation à des standards plus performants. Là encore, le texte reste lettre morte, faute de navette parlementaire achevée. La même année, la création de l’Arcom a renforcé la régulation, sans régler la question du calendrier de modernisation.

La TNT n’est pas oubliée dans la proposition de loi présentée par le sénateur Laurent Lafon. Photo : SIM/JN et PdG

Dernière initiative en date : la proposition de loi portée par le sénateur Laurent Lafon en 2023, centrée sur l’audiovisuel public mais comportant un volet sur la TNT. Adopté au Sénat, le texte a connu une série de rebondissements. Son examen a d’abord été stoppé net en juin 2024 par la dissolution de l’Assemblée nationale. Relancé en 2025, il a de nouveau achoppé à l’Assemblée, rejeté en séance publique fin juin malgré une nouvelle adoption au Sénat en juillet.

Une incertitude politique persistante

Aujourd’hui, la réforme reste inscrite à l’ordre du jour pour l’automne 2025, mais l’instabilité politique fragilise une fois encore l’issue du processus. La récente censure du gouvernement Bayrou accentue les incertitudes, tandis que les changements de majorité, les débats budgétaires sur le financement de l’audiovisuel public et les divergences sur les priorités gouvernementales pourraient repousser, voire enterrer, une réforme pourtant jugée nécessaire par la plupart des acteurs.

Pendant ce temps, la TNT poursuit sa modernisation par la voie réglementaire et par l’initiative des diffuseurs. Reste à savoir si le législateur saura un jour lui donner le cadre durable qu’elle mérite. Car la TNT, si elle recule, demeure un pilier de l’accès gratuit et universel à la télévision. Encore faudrait-il qu’elle cesse d’être l’otage des turbulences politiques.


Les principaux axes techniques de la modernisation de la TNT

  • HbbTV (Hybrid Broadcast Broadband TV)
    Apporte interactivité, accès au replay, guides enrichis, services contextuels et vidéo à la demande gratuite (AVoD).
  • UHD / HD-HDR
    Introduction progressive de formats de meilleure qualité (UHD/4K, HDR10, son immersif Dolby AC-4 / Dolby Atmos). Expérimentations dès 2014, déploiement via le multiplex R9 en 2023 et diffusion en UHD de France 2 et France 3 à partir de 2024.
  • Compatibilité technique
    Adoption du DVB-T2 et du codec HEVC, garantissant efficacité spectrale et compatibilité avec les téléviseurs récents. Préparation réglementaire à la migration des équipements pour les prochaines étapes de diffusion.
  • DVB-I (Internet Protocol)
    Nouveau standard complémentaire de la TNT, conçu pour proposer une liste unifiée de chaînes linéaires et interactives, accessibles indifféremment par voie terrestre, satellite, câble ou Internet. Il ouvre la voie à une télévision hybride, transparente pour l’utilisateur, et pourrait assurer une continuité de service dans les zones mal couvertes par la diffusion hertzienne.