Autrefois limité aux usages outdoor, l’affichage LED a tellement gagné en qualité qu’il s’impose à l’intérieur des bâtiments. Indispensable pour les réalisations les plus ambitieuses, il en vient aussi à concurrencer le LCD dans les grands espaces de réunion et les salles de crise.
De l’extérieur vers l’intérieur : ainsi pourrait-on schématiser la réorientation de la filière de l’affichage LED. « Historiquement, dans les années 1990 et 2000, l’affichage LED était réservé à un usage extérieur, pour l’évènementiel ou les installations fixes, dans les stades et les espaces publics… raconte Stéphane Le Roux, directeur du pôle Digital Media chez Videlio-IEC. A l’époque, l’écart entre deux diodes (ou pitch) était typiquement de 16 à 25 millimètres (mm). Le procédé utilisé alors, nommé DIP (Dual In-line Package) s’est démocratisé et il n’est pas rare de voir des commerces et des entreprises disposer de leur propre écran LED à l’extérieur (ou outdoor). Puis la technologie SMD (surface mounting device) est apparue, améliorant la miniaturisation et du même coup la définition de l’image avec un pitch diminué jusqu’à 3 mm, même pour un usage outdoor. Le dernier coup d’accélérateur est survenu il y a deux ans, avec l’émergence du NPP (Narrow Pixel Pitch) avec un pitch descendu jusqu’à 0,7 mm permettant d’obtenir de l’affichage Full HD sur un panneau de 20 pouces de diagonale. En pratique, le standard du marché se situe plutôt entre 1,2 et 1,6 mm. »
Répondre aux besoins
Les besoins diffèrent d’une situation à l’autre. A l’extérieur, la taille de la surface prime pour que l’image soit vue de loin. A l’intérieur, du fait que la distance entre l’écran et le public est réduite, la définition de l’image constitue l’enjeu essentiel. Le perfectionnement technologique a donc contribué à la naissance puis à l’explosion de ce dernier segment de marché. « L’indoor représente aujourd’hui les deux tiers des ventes », estime Stéphane Le Roux. Et les affaires vont aller crescendo. « En 2017, l’affichage LED a pesé entre 1 et 1,3 milliard d’euros dans le monde, un chiffre qui devrait progresser annuellement de 30% ces trois prochaines années » poursuit-il. Si Barco et Arch subsistent en Europe, la Chine est devenue ultra-dominante, comptant dans ses rangs les deux plus gros producteurs mondiaux, Absen et Unilumin.

Le retour des marques
Le visage de l’industrie change cependant. « Il y a encore quelques années, l’offre était très atomisée, témoigne Olivier Foy, directeur commercial LED pour la région Europe/Moyen-Orient/Afrique chez NEC Display Solutions. Avec la baisse des prix, beaucoup d’entreprises se sont spécialisées dans l’importation de modules chinois et les ont intégrés pour viser des secteurs plus ou moins verticaux. Mais la qualité n’était pas toujours optimale. Maintenant, les clients ont gagné en maturité et recherchent davantage de fiabilité. Le marché étant en expansion, les importateurs ont toujours leur place aux côtés des marques référentes de l’audiovisuel. Le marché se structure autour d’acteurs plus pérennes, dont la renommée n’est plus à faire. « On assiste ainsi au retour de Sony, de Panasonic, de Mitsubishi et autres, constate Stéphane Le Roux. Leur offre cible plutôt l’indoor, l’outdoor étant beaucoup plus concurrentiel. » De son côté, NEC, propriétaire de sa propre usine en Chine, a fait récemment l’acquisition de l’allemand Squadrat pour approfondir son catalogue.
Positionnement haut de gamme
Inventeur du Crystal LED, Sony positionne son produit sur le haut de gamme. Dévoilée au salon CES en 2012, cette technologie a été commercialisée cinq ans plus tard, après une nouvelle présentation à l’ISE, signe d’un revirement vers le secteur professionnel. Sony n’argumente pas sur le pitch, en l’occurrence de 1,26 mm, mais sur la taille de la LED elle-même. « Ces microLEDs ne mesurent que 0,003 mm2, contre 1 mm2 pour les composants conventionnels, et n’occupent que 1% de la surface d’affichage, explique Maxime Lemoine, responsable marketing de la division professionnelle Education/Corporate pour l’Europe du sud chez Sony. Les 99% restants sont totalement noirs, ce qui intensifie le contraste. Le prix étant supérieur à la moyenne du marché, Sony attaque des niches comme celle de la conception automobile. La précision d’un écran Crystal LED est en effet suffisante pour s’abstenir d’un prototype physique et complémenter la modélisation en VR 3D. Notre technologie est envisageable aussi dans le commerce, l’industrie du luxe, voire les salles de comité de direction. Et l’intérêt grandit dans le résidentiel pour les adeptes du Home Cinéma haut de gamme. » C’est d’ailleurs aussi le cas pour les cinémas publics : un créneau également dans le collimateur de Samsung, avec son offre Onyx…
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