La sixième génération du Wi-Fi, dont les points d’accès commencent à se déployer, s’appuie sur une gestion plus efficace du spectre radio pour améliorer les connexions dans les espaces engorgés.
Le standard pour réseau sans fil Wi-Fi 6, ou IEEE 802.11 ax, est toujours en attente de sa normalisation définitive, qui devrait advenir d’ici à quelques mois. Comme ce fut le cas avec les précédentes versions du Wi-Fi, des équipements compatibles sont néanmoins déjà à disposition du grand public depuis un voire deux ans, que ce soit des routeurs ou des smartphones – l’iPhone 11 en 2019 par exemple. C’est également l’an dernier que la plupart des fournisseurs ont annoncé leurs premiers points d’accès Wi-Fi 6 professionnels, moyennant des disponibilités et des livraisons parfois tardives en raison de la pandémie.
Mais quels sont les apports concrets du Wi-Fi 6 par rapport à ses prédécesseurs ? Les performances brutes progressent, certes, et sont réparties entre les deux fréquences de 2,4 et 5 GHz (et même 6 GHz avec le Wi-Fi 6E), comme à l’époque du Wi-Fi 4. Mais la priorité n’était pas là. « L’objectif était d’améliorer l’efficacité de l’utilisation du spectre radio avec l’arrivée de la modulation OFDMA (orthogonal frequency-division multiple access) » indique Thomas Munzer, ingénieur système MIST chez Juniper Networks. Cette technique de codage et de multiplexage, éprouvée par les réseaux telecom 4G (et aussi la 5G), succède à l’OFDM (orthogonal frequency-division multiplexing) employée par le Wi-Fi 5. Elle sera utile pour la desserte de zones à forte densité, typiquement les amphis, les open spaces, les aéroports, etc.
Par ailleurs, la technique de multiplexage MU-MIMO (multi user multiple input multiple output), qui partage le débit entre plusieurs utilisateurs et plusieurs antennes, est désormais bidirectionnelle, du point d’accès vers le client (notebook, smartphone…) et inversement. La modulation évolue aussi, QAM1024 au lieu de QAM256, ce qui signifie que « chaque paquet de données comporte deux bits utiles en plus » précise Thierry Doualan, chef produit D-Link France. S’ajoute même une notion de coloration de l’émission Wi-Fi pour éviter les interférences quand la densité de points d’accès augmente. « Le client sait qu’à telle couleur correspond tel réseau et bascule automatiquement sur le point d’accès le plus proche utilisant la même couleur » poursuit Thierry Doualan.

Le point d’accès WAC610D de ZyXEL, à destination des commerces, des écoles et des hôtels, fournit un débit de 2,9 Gbits/s, égal à la somme des 575 Mbits/s de la bande à 2,4 GHz et des 2,4 Gbits/s de la bande à 5GHz. Il est équipé de deux ports Ethernet, dont l’un prenant en charge le multi-gigabit (2,5 Gbits/s) et le PoE.
Autre technique importante : le Target Wake Time, ou TWT, au profit des objets connectés autonomes notamment. « Tous les clients sont en veille sauf celui qui communique, d’où un gain d’autonomie, explique Thierry Doualan. Dans l’hôtellerie, non seulement les clients profiteront d’un meilleur service, mais les propriétaires pourront aussi envisager d’installer de l’IoT Wi-Fi 6. » Le protocole WPA3 est quant à lui censé accroître la sécurité des communications grâce au chiffrement de qualité supérieure.
Les clients Wi-Fi 5 en profitent aussi
Minimisant les interférences et la congestion, le Wi-Fi 6 promet une latence moindre et un débit théorique proche de 10 Gbits/s, soit 40% de plus que le Wi-Fi 5. Il serait vain d’en espérer autant en conditions réelles, mais les premiers tests conduits par les fournisseurs suggèrent une évolution significative. « Les débits descendants sont en hausse de 70% sur la bande 2,4 GHz et de 40% sur la bande 5 GHz, détaille Susana Teixera, responsable marketing de Netgear France. Les performances sont optimales avec des périphériques Wi-Fi 6, mais les bénéfices sont également immédiats avec des clients Wi-Fi 5. » Un argument qui pourrait convaincre les donneurs d’ordre de renouveler leurs points d’accès, le temps que les parcs de smartphones et autres produits connectés se mettent à la page.
Faut-il cependant envisager la modernisation de toute l’infrastructure réseau, pour l’adapter aux performances supérieures du Wi-Fi 6 ? Le câblage, s’il tient la route pour le Wi-Fi >5, sera normalement toujours à la hauteur. En revanche, le remplacement des switches existants par des switches multi-gigabit (2,5 Gbits voire plus sur un câble Ethernet catégorie 5E ou plus) et compatibles PoE+ (puissance maximale de 30 watts) est peut-être à prévoir. Du reste, de nombreux points d’accès Wi-Fi sont équipés d’un port 2,5 Gbits, même si « le débit du Wi-Fi 6 a en pratique très peu de chances de saturer un port Gigabit » selon Thomas Munzer.
A moins que le futur déploiement de la 5G en France n’incite les établissements et les entreprises à renoncer au Wi-Fi. « C’est la même rengaine à chaque génération de téléphonie mobile, réagit Thomas Munzer. Les offres sont complémentaires : au Wi-Fi la mobilité en intérieur, à la 5G la mobilité en extérieur. » Cependant, confrontés aux performances médiocres des réseaux internes Wi-Fi, beaucoup de clients, voyageurs ou collaborateurs se tournent volontiers vers le réseau 4G de leur opérateur. Le Wi-Fi 6 pourrait changer la donne.



